Fraude des grands-parents et faux enquêteur bancaire : ces appels qui pressent d’agir et de se taire
Comment fonctionnent la fraude du besoin urgent d’argent (dite des grands-parents) et celle du faux enquêteur bancaire, ce que ne demandent jamais une banque, un tribunal ou la police, et que faire dans la première heure si l’argent est parti.
Rédaction : Andrew Pickett · Dernière révision : 2026-10-24 · Lignes directrices éditoriales. Rédigé pour les lecteurs du Canada.
Ce sont deux scénarios distincts qui reposent sur la même mécanique. Quelqu’un à qui l’on a envie de faire confiance, un petit-fils en difficulté ou un agent qui veut protéger votre compte, appelle à l’improviste. Il y a une échéance. On vous demande de n’en parler à personne. Et la solution consiste à déplacer de l’argent d’une façon qui ne se reprend pas : du comptant, de la cryptomonnaie, un virement. Quand on connaît la mécanique, on la repère avant même de connaître les détails.
La fraude du besoin urgent d’argent (dite des grands-parents)
Les services de police du Québec ne la nomment pas tous de la même façon : « fraude des grands-parents » pour le SPVM et la Sûreté du Québec, « fraude du petit-fils » à Québec. Le Centre antifraude du Canada (CAFC) l’appelle « Besoin urgent d’argent » et la décrit ainsi : on vous fait croire qu’un de vos proches est blessé ou en détresse. Le faux proche peut avoir besoin d’une caution après une arrestation, avoir eu un accident ou être coincé à l’étranger. L’appelant peut être un avocat, un policier ou le « petit-fils » lui-même. L’urgence et les menaces poussent à retirer de l’argent, et un prétendu bâillon vous empêche d’en parler. Le paiement se fait en comptant ou en cryptomonnaie, et le fraudeur envoie quelqu’un le chercher ou vous demande de l’expédier. La version classique vise un téléphone fixe, mais le CAFC précise que n’importe qui peut être ciblé, pas seulement les aînés.
Ces appels sont l’œuvre de groupes organisés. Selon un communiqué du CAFC d’avril 2024, ces groupes sont établis au Québec et de portée nationale, plus de 70 personnes qui allaient chercher l’argent chez les victimes ont été arrêtées depuis 2021 dans toutes les provinces, et la fraude du besoin urgent d’argent a causé plus de 23 M$ de pertes au pays. La GRC de la Colombie-Britannique ajoute (en anglais) que la voix au téléphone peut être modifiée, probablement à l’aide de l’intelligence artificielle : une voix familière ne prouve donc plus rien.
Ce que ne font jamais un tribunal ou la police
- Accepter du comptant ou de la cryptomonnaie en guise de caution. Le CAFC rappelle que le système canadien de justice pénale ne le permet pas.
- Demander de l’argent par virement. La Sûreté du Québec écrit que les policiers ne communiquent jamais avec des citoyens pour obtenir le versement d’une caution et n’ont jamais recours à un service de virement d’argent.
- Envoyer quelqu’un à votre porte pour récupérer de l’argent ou des objets de valeur. Le SPVM rappelle aussi que les facteurs ne font pas de cueillette auprès des particuliers, et note qu’un complice en uniforme prend parfois le relais.
- Vous demander de mentir à votre banque sur la raison d’un retrait. La Sûreté du Québec signale que les fraudeurs demandent parfois de le faire.
Que faire pendant l’appel
- Ne donnez pas de nom. Laissez l’appelant dire qui il est, puis posez-lui une question dont seul votre proche connaît la réponse, comme le suggère le Bureau de la concurrence.
- Raccrochez et appelez votre proche au numéro que vous avez déjà, pas à celui que l’appelant vous a donné. Si l’appelant se dit policier, appelez votre service de police à un numéro provenant d’une source fiable.
- Joignez d’autres membres de la famille, même si on vous a dit de ne pas le faire. Rien ne vous oblige à envoyer de l’argent tout de suite.
- Convenez d’un mot-code avec vos proches, à l’avance. La Sûreté du Québec demande de n’inscrire ce mot-code nulle part et de ne jamais le communiquer par les plateformes de messagerie.
Le faux enquêteur bancaire, ou « faux représentant »
Le CAFC parle d’« enquêteur bancaire »; le SPVM, Desjardins et la Banque Nationale, de « faux représentant ». Sur sa page sur l’enquêteur bancaire, le CAFC explique qu’on se fait passer pour une institution financière, pour la police ou pour un autre organisme de confiance, et que les fraudeurs peuvent usurper les numéros de ces organismes. L’appel commence souvent par une alerte de transactions suspectes, puis on vous presse de « protéger » votre argent.
Desjardins décrit plusieurs variantes : on vous demande de vous faire à vous-même un virement électronique « pour protéger votre argent »; on réclame la confirmation du virement ou le code qui correspond à la dernière partie de son adresse Web, ce qui permet de détourner les fonds; on vous fait hausser votre limite quotidienne de virement; on vous dit avoir créé un compte « sécurisé » et on vous demande de l’ajouter comme nouveau bénéficiaire; ou on vous demande de composer un code qui redirige vos appels vers le fraudeur. Le Service de police de la Ville de Québec décrit aussi des appelants qui se font passer pour des représentants de l’État, d’une institution financière ou de la police et convainquent des victimes de vider leurs comptes pour déposer les fonds dans un guichet de cryptomonnaie, afin « d’éviter la saisie ».
Pour 2025, le CAFC a recensé, sous la catégorie « enquêteur de fraude », 2 167 signalements, 1 137 victimes et 28,3 M$ de pertes déclarées. Il ne précise pas si cette catégorie recoupe exactement le scénario du faux enquêteur bancaire.
Ce qu’une vraie banque ne demande jamais
L’Association des banquiers canadiens écrit, dans Ce que votre banque ne fera JAMAIS, que votre banque ne vous demandera jamais de retirer de l’argent de votre compte ni de lui révéler votre NIP pour l’aider dans une enquête. Le SPVM dit la même chose des cartes bancaires : les institutions financières ne demandent jamais à leurs clients de les remettre. La Banque Nationale précise qu’elle ne vous demandera pas des renseignements qu’elle détient déjà sur vous, et qu’il ne faut jamais remettre sa carte ni son NIP à une personne qui dit y travailler.
L’afficheur n’est pas une preuve non plus. Le SPVM écrit : « Ne vous fiez jamais à ce qui est écrit sur l’afficheur de votre téléphone », car les fraudeurs utilisent des applications qui leur permettent d’y inscrire le nom d’institutions financières. La Sûreté du Québec ajoute : ne rappelez jamais à un numéro transmis par votre interlocuteur. Pour vérifier, raccrochez et composez le numéro inscrit au dos de votre carte de débit, à partir d’un autre téléphone ou après une dizaine de minutes, recommande le CAFC.
Sur les codes à usage unique, le discours des institutions varie : certaines disent de ne jamais en donner, d’autres admettent que votre conseiller en demande un lorsque c’est vous qui appelez. Une règle sûre qui convient à toutes : ne donnez jamais un code à quelqu’un qui vous a appelé ou écrit le premier.
Si l’argent est déjà parti
- Appelez tout de suite votre banque ou l’émetteur de votre carte, au numéro inscrit sur la carte ou dans l’application officielle. Dites qu’il s’agit d’une fraude et demandez ce qu’elle peut bloquer.
- Signalez-le à la police de votre localité et obtenez un numéro de dossier. La Sûreté du Québec rappelle que la fraude est un crime, qu’elle soit commise en ligne, par téléphone, par texto ou en personne, et que les médias sociaux ne sont pas un canal officiel pour porter plainte. Composez le 9-1-1 en cas de danger.
- Signalez-le au CAFC au 1-888-495-8501 ou à signalercyberetfraud.canada.ca. Voir signaler une fraude au Centre antifraude du Canada.
- Ne payez personne pour récupérer l’argent. Le CAFC avertit que les fraudeurs reviennent souvent vers leurs victimes en offrant de les aider à se faire rembourser.
Soyez réaliste sur les chances de remboursement. L’Ombudsman des services bancaires et d’investissement (OBSI) écrit, en anglais, que les institutions ne remboursent pas automatiquement les victimes de fraude, et qu’une raison courante de tenir le client responsable est le cas où il a lui-même autorisé le transfert avant de découvrir l’arnaque. C’est pourquoi la rapidité compte.
Réponses courtes
Puis-je lire un code à quelqu’un qui m’a appelé?
Non. Raccrochez et appelez votre banque vous-même. Si c’est vous qui communiquez avec l’institution, certaines peuvent alors demander un code pour vous identifier, ce qui est une tout autre situation.
Pourquoi l’appelant insiste-t-il sur la confidentialité?
Le secret vous empêche de vérifier auprès de vos proches ou du personnel de la succursale. Le CAFC et les corps policiers décrivent le « bâillon » et la demande de donner une fausse raison à la banque comme des éléments de l’arnaque.
Pour voir quels numéros nos visiteurs ont signalés récemment, consultez le baromètre des appels indésirables au Canada.
Cette page résume des consignes publiées par les organismes cités, vérifiées le 24 octobre 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique ou financier.
Sources
- Centre antifraude du Canada — Besoin urgent d’argent
- Centre antifraude du Canada — Enquêteur bancaire
- Centre antifraude du Canada — Les fraudes les plus courantes en 2025
- Centre antifraude du Canada — communiqué du 18 avril 2024
- Centre antifraude du Canada — Que faire si vous êtes victime d’une fraude
- Centre antifraude du Canada — Fraude liée au besoin urgent d’argent : arnaque des grands-parents
- Sûreté du Québec — Campagne contre la fraude (mot-code, démarches)
- Sûreté du Québec — Mise en garde : fraudes téléphoniques envers les aînés (PDF)
- Sûreté du Québec — La fraude des grands-parents (PDF, 2016)
- SPVM — Fraude des grands-parents
- SPVM — Fraude des faux représentants
- Service de police de la Ville de Québec — Fraude
- Bureau de la concurrence — Fraudes de la situation d’urgence
- Association des banquiers canadiens — Ce que votre banque ne fera jamais
- Desjardins — Arnaques téléphoniques : comment les reconnaître
- Banque Nationale — Fraude : arnaque du faux représentant
- RCMP (Colombie-Britannique) — Fraudulent call for help from family members (en anglais)
- Ombudsman for Banking Services and Investments — Understanding fraud protection (en anglais)
La réglementation évolue. En cas de divergence entre cette page et un organisme de réglementation, c’est ce dernier qui fait foi : les liens ci-dessus mènent au texte original.